Avec Bertrand, nous n’avions rien de particulier à célébrer ce 12 octobre 2024. Nous avions simplement envie de nous faire plaisir, de nous offrir un beau déjeuner et de prendre du temps à deux. À Château Eza, cette envie a trouvé un cadre dont je garde un souvenir très vif : un petit balcon semi-privatif accroché au village, la Méditerranée à perte de vue et, dans les assiettes, une cuisine qui nous a profondément marqués.
Je repense autant à l’accueil extraordinaire qu’à la lumière sur la nappe, au dessin des plats qu’aux saveurs. Tout s’accordait ce jour-là. Au fil du déjeuner, nous avons découvert une de ces adresses auxquelles on s’attache pour l’ensemble de ce qu’elles font vivre. Voici le récit de cette parenthèse à Èze.
Quelques pas dans Èze, puis la mer
Le plaisir commence avant de passer à table. Pour rejoindre Château Eza, il faut marcher un peu dans les ruelles du village. Les pierres, les passages resserrés et les changements de niveau donnent à l’approche un charme particulier. On prend le temps d’avancer, de regarder autour de soi. Cette petite traversée prépare déjà à ralentir.
L’hôtel se découvre au cœur de ce décor, niché à flanc de falaise. Sa situation a quelque chose d’extraordinaire : l’intimité des vieilles pierres, puis cette ouverture immense sur la côte. À mes yeux, c’est un véritable coin de paradis. Et il y a une émotion très simple à arriver dans un lieu que l’on a choisi pour se faire plaisir et à sentir, dès les premiers instants, que l’on va y être bien.
L’accueil y contribue pleinement. Nous avons été reçus avec une chaleur et une attention remarquables. Cette première impression compte beaucoup pour moi : elle donne le ton du repas et permet de s’installer avec confiance. Ici, nous nous sommes sentis attendus, accueillis et heureux d’être là.

Notre balcon semi-privatif, face à l’une de nos plus belles vues de France
Notre table se trouvait sur un balcon semi-privatif. Ce détail a beaucoup compté dans notre expérience : à deux, au bord de ce paysage, nous avions le sentiment de profiter d’un petit espace privilégié. La nappe blanche, les verres traversés de lumière, la ferronnerie du balcon et le bleu au-delà composent un souvenir presque aussi précis que celui des assiettes.
La vue nous a coupé le souffle. Le relief descend vers la mer, le littoral se déploie et le regard porte jusqu’à la silhouette de Saint-Jean-Cap-Ferrat. La hauteur donne une ampleur saisissante au panorama. Pour Bertrand et moi, c’est tout simplement l’une des plus belles vues de France. Je le dis comme on confie un coup de cœur : certains paysages vous touchent immédiatement, et celui-ci nous a touchés tous les deux.
Pendant le repas, le regard revient sans cesse vers l’horizon. Une assiette arrive, retient toute l’attention, puis l’on relève les yeux et l’on retrouve cette immensité. J’ai beaucoup aimé cette alternance entre la précision de ce qui se passe à table et l’espace qui s’ouvre autour de nous. Elle donne au déjeuner un rythme singulier.

La cuisine de Justin Schmitt, du relief et de la finesse
Lors de notre venue, la cuisine était signée Justin Schmitt et le restaurant distingué d’une étoile au Guide Michelin. Dans nos assiettes, je retiens surtout une attention au détail qui va du dressage aux associations : des poissons, des légumes, des herbes, des fruits et des sauces travaillés pour composer des bouchées nuancées.
Les couleurs donnent immédiatement envie de goûter. Les pétales, les touches végétales et les jeux de textures apportent de la délicatesse à des compositions très lisibles. Nous avons trouvé les saveurs exceptionnelles. Les entrées ouvraient le repas avec éclat ; les plats lui donnaient davantage de profondeur ; les desserts conservaient une belle place à la fraîcheur.
La tomate, une entrée lumineuse
Parmi nos entrées, celle autour de la tomate offre un très beau souvenir de couleur et de fraîcheur. Au centre de la grande assiette blanche, la composition rouge est parcourue de traits fins, de touches vertes et de fleurs aux nuances roses, violettes et bleues. Une quenelle rouge la surmonte ; autour, un jus translucide, ponctué de petites perles d’huile verte, prolonge le dessin.
Je retrouve dans cette assiette toute la lumière de notre déjeuner. La tomate lui donne son caractère immédiat, familier et gourmand, tandis que la présentation invite à regarder les détails. L’alternance entre la matière du fruit, les éléments déposés dessus et le jus permet de varier les bouchées. C’est une manière très élégante de commencer le repas.
À cette période de l’année, cette entrée nous a aussi donné l’impression de prolonger l’été. Elle trouvait naturellement sa place sur cette table ensoleillée, face à la mer. La photographie en garde les couleurs ; notre souvenir y ajoute le plaisir de la dégustation.

Le maquereau, la vanille et le dessin du végétal
L’autre entrée joue une partition plus graphique. Deux morceaux de maquereau alternent avec des petits blocs feuilletés de chou-rave et de nori. Le montage est précis, presque architectural, adouci par les pétales et le fond de sauce claire. Quelques gouttes vertes viennent animer l’ensemble.
L’association du maquereau à la vanille donne à ce plat une personnalité particulière. Le poisson possède naturellement une saveur affirmée ; le végétal et la dimension lactée de la sauce lui offrent un entourage délicat. J’aime ce type de proposition, qui donne envie de revenir sur une bouchée pour mieux comprendre ce qui la rend si agréable.
Le soin apporté aux découpes compte aussi dans le plaisir. Le poisson et le chou-rave se répondent par leurs volumes, mais proposent des sensations différentes. Visuellement, l’assiette est très composée ; à la dégustation, elle conserve cette impression de finesse qui nous a accompagnés tout au long du déjeuner. Après l’éclat de la tomate, elle installe une autre tonalité, plus douce dans ses couleurs et tout aussi intéressante dans ses associations.

Le lapin aux gambéroni, une rencontre entre terre et mer
Avec les plats, le repas prend une dimension plus automnale. Le lapin aux gambéroni réunit la viande dorée, le crustacé et les girolles dans une composition généreuse en détails. Les champignons, les petites feuilles et les touches végétales entourent les morceaux, tandis qu’un jus mousseux vient les relier. La tête orangée du crustacé donne immédiatement du caractère au dressage.
C’est une association qui me plaît pour les possibilités qu’elle ouvre : la finesse du lapin, la présence marine du gambéroni, puis les notes de sous-bois des girolles. L’assiette propose plusieurs points d’entrée, plusieurs façons de réunir ses éléments sur la fourchette. On comprend ici toute l’importance du jus, qui accompagne les produits et donne de la continuité à la dégustation.
Je garde de ce plat l’image d’une cuisine à la fois soignée et profondément gourmande. Les couleurs dorées, les champignons et la sauce annoncent un registre plus chaleureux que celui des entrées. Cette progression était très plaisante : le déjeuner gagnait en intensité tout en conservant la délicatesse que nous avions aimée dès le début.

La lotte, les figues et la profondeur d’une sauce
À notre table, la lotte proposait un autre accord marquant : la réglisse et une crème de riz grillé, accompagnées de figues et de jambon ibérique. La pièce de poisson, relevée de petits éléments dorés, occupait le centre d’un large cercle de sauce claire. Les quartiers de figue et les touches vertes donnaient de l’éclat à cette composition.
Le rapprochement du poisson, du fruit et du jambon est particulièrement séduisant. Il met en présence la chair de la lotte, la douceur de la figue et une note salée plus soutenue. Le riz grillé et la réglisse apportent à l’ensemble une direction aromatique originale. C’est le genre d’accord que l’on retient longtemps après avoir quitté la table.
J’ai aussi aimé l’allure de cette assiette : un centre bien dessiné, une sauce qui prend de la place, quelques éléments répartis avec précision. Elle donne envie de réunir le poisson et son accompagnement plutôt que de goûter chaque détail isolément. Avec le lapin aux gambéroni, elle formait l’un des grands moments de notre déjeuner. Ces deux plats résument bien ce que nous avons apprécié : des associations qui éveillent la curiosité et un plaisir gourmand très présent.

Deux desserts pour prolonger le plaisir
Le premier de nos desserts poursuit le travail de délicatesse avec une composition aux fruits rouges. Une forme cylindrique dorée porte une crème claire, surmontée d’une fine tuile ajourée. Autour, les fruits, les éléments translucides et les petites touches végétales donnent à l’assiette un mouvement léger. J’aime cette présentation qui laisse deviner des contrastes entre le croustillant, la crème et le fruit. Elle apporte une conclusion tendre et gourmande à la succession des plats.
L’autre dessert associe le citron, la noisette du Piémont, le chocolat Taïnori et un sorbet au basilic. Sur l’assiette sombre, les sphères jaunes et vertes, les disques de chocolat, la crème et les noisettes composent un petit paysage particulièrement soigné. La couleur verte du sorbet rappelle la place donnée au végétal depuis le début du repas.
Cette rencontre entre agrume, chocolat, fruit sec et herbe aromatique me plaît beaucoup. Elle propose plusieurs registres dans un même dessert : une direction vive avec le citron, une dimension plus ronde avec la noisette et le chocolat, puis le basilic qui apporte une note fraîche. La présentation invite à associer les éléments, à changer légèrement de bouchée et à faire durer la dégustation.
Nous terminions ainsi sur deux propositions très différentes, chacune dans la continuité du repas. Le soin des dressages restait constant jusqu’au bout. Devant nous, le bleu de la Méditerranée était toujours là, et nous avions encore envie de profiter de cette table.


Un service à la hauteur du lieu
L’expérience doit beaucoup à l’équipe. De l’accueil au déroulement du déjeuner, nous avons trouvé le service excellent. Dans un lieu aussi impressionnant, cette qualité d’attention rend le moment facile à vivre. Elle permet de se consacrer pleinement aux assiettes, à la conversation et au paysage.
C’est un aspect que je tiens à souligner autant que la cuisine. Un grand déjeuner se construit aussi dans la manière dont on vous reçoit et dont on prend soin de votre table. À Château Eza, nous avons ressenti cette attention tout au long du repas. Elle a contribué à faire de notre envie de nous faire plaisir un souvenir aussi heureux.
Octobre sur la Côte d’Azur : notre très belle arrière-saison
Ce 12 octobre, nous avons bénéficié d’un très beau temps. Le soleil éclairait la table, la mer et les reliefs, et nous avons pu profiter pleinement du balcon. Ce déjeuner m’a confortée dans l’idée qu’octobre peut être une période idéale pour s’offrir une parenthèse gastronomique sur la Côte d’Azur, lorsque la météo se prête aux repas dehors.
J’ai aimé ce dialogue entre la saison dans les assiettes et la lumière encore très estivale du paysage. La tomate, les figues, les girolles et les touches végétales composaient un repas à la rencontre de ces deux ambiances. Pour profiter de la vue telle que nous l’avons découverte, je choisirais à nouveau le déjeuner : on voit le littoral, les couleurs et les détails du relief accompagner chaque moment à table.

Mon avis : une adresse qui nous a profondément marqués
Château Eza réunit ce qui fait, pour moi, un très grand souvenir de restaurant : une arrivée pleine de charme, un accueil extraordinaire, une table où l’on se sent bien et une cuisine dont les associations restent en mémoire. À cela s’ajoute ce panorama, immense, que nous plaçons parmi les plus beaux de France.
Avec Bertrand, nous avons vécu un déjeuner exceptionnel. Je garde surtout le bonheur de cet ensemble : la fraîcheur des entrées, le caractère des plats, la délicatesse des desserts et la qualité du service. Si vous aimez les repas qui deviennent un moment à part dans un voyage, Château Eza mérite une place dans vos envies.
Nous étions venus sans occasion particulière, avec la seule envie de nous faire plaisir. Ce déjeuner nous en a donné une belle raison : le bonheur, tout simplement, d’avoir choisi de nous offrir ce moment à deux.
Photos : Luxe, Please!, déjeuner du 12 octobre 2024
