Un pull en cachemire supporte l’eau mieux que l’improvisation. La fibre accepte le bain, parfois même la machine, à condition que l’on tienne une ligne stricte : basse température, mouvements mesurés, lessive adaptée, séchage horizontal. Le drame commence presque toujours ailleurs, dans le frottement, la chaleur, le rinçage trop chaud ou trop froid, le cintre qui tire sur les épaules.
La bonne méthode n’a rien d’un rituel compliqué. Elle réclame surtout de ralentir, de ne pas confondre propreté et vigueur, et de traiter la maille comme une matière qui garde la mémoire des gestes. Bien lavé, le cachemire conserve sa taille, son tombé et cette main duveteuse que l’on reconnaît avant même de regarder l’étiquette.
Le verdict de l’étiquette
Avant l’eau, il y a le libellé d’entretien. S’il mentionne « lavage à la main », la voie la plus sage reste manuelle, sauf recours à un programme laine validé par un organisme de référence pour la laine. Cette petite étiquette, souvent ignorée, dit aussi les limites de la maille : elle arbitre entre bassine, cycle laine et prudence absolue.
Le matériel tient en peu de choses, mais chacune compte. Il faut une lessive spéciale laine ou cachemire, au pH doux, sans enzymes ni agents blanchissants, un filet de lavage si la machine entre en scène, deux serviettes éponge pour presser l’eau à plat, puis une surface plane pour le séchage. Les bijoux et accessoires qui pourraient accrocher les mailles se retirent avant toute manipulation. En cas de lavage groupé, les zips des autres articles doivent être fermés.
Le bain sans brutalité
La méthode la plus sûre se joue à la main, dans une bassine d’eau froide ou tiède, à 30 °C maximum. Une petite quantité de lessive laine suffit : trop de produit complique le rinçage et laisse la fibre moins nette. Le pull se retourne sur l’envers, puis s’immerge sans frottement. On presse doucement l’eau savonneuse à travers la maille pendant 2 à 3 minutes, sans trempage prolongé.
Le rinçage demande la même attention que le lavage. L’eau doit rester à température stable, car le choc thermique favorise feutrage et rétrécissement. On rince jusqu’à disparition de la mousse, sans tordre, jamais. Pour ôter l’excès d’eau, le pull se pose à plat sur une serviette ; on enroule l’ensemble en boudin, puis on presse légèrement. Une fois déroulée, la maille rejoint une serviette sèche.
La machine, sous surveillance
La machine n’est pas exclue si l’étiquette l’autorise ou si le lave-linge dispose d’un programme laine approuvé, conçu pour une agitation très faible. Le pull, placé dans un filet de lavage, se lave sur programme laine ou délicat, à froid ou à basse température. L’essorage doit être réduit à 400 à 600 tr/min au maximum, voire supprimé si l’on préfère reprendre l’étape de la serviette.
Là encore, la lessive doit rester celle de la laine. Les assouplissants et les détachants agressifs sont à écarter, car ils peuvent attaquer la kératine de la fibre. Un détail change beaucoup la tenue finale : lancer la machine quasi vide, afin de limiter les frottements. Les cycles rapides, le prélavage et toute option qui augmente l’action mécanique n’ont pas leur place dans cette affaire.
Le séchage fait la silhouette
Le cachemire se sèche à plat, sur serviette, loin d’une source de chaleur directe et à l’abri du soleil. Le cintre est son ennemi, surtout lorsque le pull est encore gorgé d’eau : le poids allonge la maille, déforme les épaules et travaille le col. Après l’essorage à la serviette, il faut remettre la pièce en forme avec calme. Les coutures s’alignent, l’encolure se réarrondit, la longueur et la largeur reviennent à leur mesure d’origine.
Si la serviette se gorge d’humidité, on la remplace. Le temps de séchage dépend de l’épaisseur du pull et de l’humidité ambiante ; il faut compter 12 à 24 heures. Cette étape, peu spectaculaire, décide pourtant beaucoup de la tenue. Une maille bien posée sèche comme elle devra être portée.
Taches, bouloches et vapeur
Pour une tache, la vitesse ne doit pas devenir brutalité. On tamponne avec un linge humide froid, puis on applique une goutte de lessive laine diluée. Le frottement, surtout en cercle, feutre et lisse la maille ; il est donc à proscrire. Après un rinçage local à l’eau froide, mieux vaut laver l’ensemble du pull afin d’éviter les auréoles. Sur une tache grasse, une pincée de terre de Sommières peut aider avant le bain de lavage.
Un pull en cachemire ne réclame pas d’être lavé après chaque port. Selon l’usage, un lavage toutes les 3 à 6 utilisations suffit, avec une aération entre deux passages sur les épaules pour dissiper les odeurs. Les bouloches de surface sont normales au début. Elles se retirent à sec, avec un peigne à cachemire ou un rasoir textile doux, le pull toujours à plat, sans insister.
Pour conserver la main duveteuse, le brossage léger à la brosse à poils doux se fait après séchage. Le repassage appuyé, lui, fatigue la matière. Si un défroissage s’impose, la vapeur se tient à quelques centimètres, sans toucher la maille. Autre option : une très basse température, avec un linge presseur.
Après l’accident, avant les mites
Si le pull a rétréci, la réparation a ses limites. Quand le cachemire a feutré, le retour à la taille d’origine est rarement complet. On peut tenter un bain tiède avec une cuillerée de rinçage laine ou d’après-shampooing dilué, puis une remise en forme patiente, à plat, par étirement très progressif. La largeur se travaille en priorité, en comparant avec un pull identique non rétréci. Si la maille devient dense et dure au toucher, mieux vaut s’arrêter avant de la déformer définitivement.
Le rangement prolonge l’entretien. Le pull doit être propre, totalement sec et plié, jamais suspendu. Pour la basse saison, les sachets hermétiques ou les boîtes fermées conviennent, avec un répulsif textile non tachant. Un cachemire porté se lave avant un rangement de longue durée, car traces de transpiration et poussières attirent les mites.
Le protocole en cinq gestes
- Température : eau froide ou basse, lavage et rinçage à température stable.
- Mécanique : mouvements doux à la main ou programme laine, sans frottage, essorage nul ou très faible.
- Lessive : formule laine ou cachemire, sans enzymes, sans blanchissant, sans assouplissant.
- Protection : filet de lavage en machine, pull retourné, tambour peu chargé.
- Séchage : à plat, loin de la chaleur, avec remise en forme minutieuse, jamais sur cintre.
Le cachemire n’exige donc pas une vie sous cloche, mais une routine stable. Lavage doux, température maîtrisée, pression à la serviette, séchage horizontal : ces gestes suffisent à éviter l’essentiel des accidents. La maille garde alors sa taille, sa douceur et ce tombé tranquille qui fait tout son charme.